Le chemin de Saint-Jacques de Compostelle 1/2

Après avoir terminé la traversée de la France à vélo, je quitte mon acolyte Benjamin et m’engage vers une toute autre destination : Saint Jacques de Compostelle plus particulièrement en empruntant “Le Camino Francés”, le chemin le plus emprunté par les pèlerins depuis plusieurs siècles. Il commence à Saint-Jean-Pied-De-Port passe par les villes de Pampelune, Puente la Reina, Burgos, Léon, Astorga, Sarria pour finir à Santiago. Certains pèlerins continuent même jusqu’à Finistera où la légende veut que le pèlerin brûle ses vêtements, symbolisant sa renaissance. Ce chemin a été inscrit sur la Liste du patrimoine mondial en 1993.

 

Les trois principaux lieux de pélerinages du christianisme depuis l’époque médiévale sont Jérusalem, Rome et Saint-Jacques de Compostelle. Saint-Jacques était l’un des douze apôtres. Il était l’un des plus proches du Christ avec son frère Jean l’évangéliste. Jésus Christ les a rencontrés sur le lac de Tibéraide, en Israël et leur a demandé de le suivre. Depuis ce jour, Saint-Jacques consacre toute sa vie au Christ avec beaucoup de passion. Il aurait été en Espagne pour l’évangéliser sans grand succès. Il revient à Jérusalem et obtient beaucoup plus d’écoutes. Ayant trop d’importance et d’influence autour de lui, il est décapité en 44 et son corps aurait été transporté sur les côtes de l’Espagne. 800 ans plus tard, un ermite de Galice guidé par une étoile avait affirmé avoir découvert dans un champs le tombeau de Saint-Jacques le Majeur. Quelques temps après, des fidèles de l’église d’à côté découvrent une lumière céleste au même endroit que l’ermite. C’était une pluie d’étoiles dans un champs, en latin ” campus stellae” d’ou le nom de Compostelle. 

Le culte s’est propagé à travers toute l’Europe au XI ème siècle. A l’époque on pensait que tous les péchés seraient pardonnés si l’on effectuait le voyage à pied jusqu’à Saint Jacques de Compostelle.

Le chemin peut commencer de n’importe où (sa maison par exemple, mais une grande partie des pèlerins commence à Saint-Jean-Pied-de-Port en France ) et s’étend sur plus de 800 km en Espagne en traversant plusieurs régions : Navarre, La Rioja, Castille et Léon et la Galice. La totalité de l’itinéraire sur le “camino frances” en Espagne nécessite un peu plus d’un mois de marche.

Je commence mon chemin à Saint-Jean Pied-de-Port où je suis accueilli merveilleusement bien par l’association les amis de Saint-Jacques de Compostelle. Après leur avoir demandé si je pouvais planter ma tente dans le jardin, cette équipe cosmopolite me propose une des chambres au troisième étage !

La première journée fut une des plus difficiles car j’ai dû traverser les Pyrénées et atteindre le col de Ibaneta à 1057m sous la pluie et le froid. J’enfile tous mes habits chauds, en prime le béret basque !

Une phrase gravée dans ma matière grise me pousse à ne jamais m’arrêter : ” A force de persévérance, tout est possible “, je force, j’avance, déterminé à atteindre ma prochaine étape.

Je continue ma route en rencontrant d’autres pèlerins de nationalités différentes dans les auberges. Je reste cependant un peu frustré car je suis en vélo et je ne ressens pas les mêmes sensations que mes amis pèlerins. J’avais longuement hésité à Saint Jean Pied de Port à effectuer le chemin uniquement à pied. Malheureusement le souci du transport de vélo et n’ayant ni les baskets, ni le sac adéquat, je décide de commencer à vélo et finir les derniers centaines de kilomètres à pied comme un vrai pèlerin.

PAMPELUNE, capitale de la Navarre.

Cette ville possède un centre historique encore très bien préservé. Les bâtiments sont colorés et remplis d’histoires. L’architecture est remarquable, notamment la mairie, ” el Ayuntamiento”.

Chaque année depuis 1385,  les fêtes de San Fermin sont célébrées du 6 au 14 juillet. C’est la troisième plus grosse fête en terme de participants avec plus 3 millions de personnes sur la durée de l’évènement. Une course de taureau encadrée dans le centre ville a lieu et dure environ 3 minutes et complète la fête religieuse.

Le paysage est superbe. J’alterne entre nuits sous la tente et auberges de pèlerins. Je me sens en totale liberté sur mon vélo increvable. Je traverse des régions désertiques parsemées de quelques villages où la vie perdure autour de quelques cafés et de l’église centrale. On se croit seul au monde. Le spectacle est irréaliste.

LOGRONO, capitale de LA RIOJA,

Cette région est réputée pour ses vins qui font partie du D.O.C ( l’équivalent au AOC francais).

Le chemin pour les cyclistes, ne fut pas facile. A plusieurs reprises, j’ai dû pousser mon vélo. J’arrive ensuite dans la ville de Logroño où les célèbres fêtes de San Mateo ont lieu. ( fêtes des vendanges). Le 21 septembre, des raisins de différents vignobles sont transportés par des centaines d’enfants et versés dans un grand baril de vin. La tradition veut que deux hommes en costumes, piétinent la récolte afin de remplir la première cruche, offerte à la statue de la Vierge de Valvanera. Cette fête dure une semaine.

Quand j’arrive dans cette ville, les rues, cafés et bars sont bondés. Les jeunes comme les plus anciens ne manqueraient pour rien au monde l’occasion de célébrer la “San Mateo” .

Le lendemain, quelques kilomètres après Logroño, je fais la connaissance d’un personnage énigmatique, très célèbre sur le camino : Marcelino Lobato. Il a effectué son premier “camino”en 1971 en s’habillant avec le costume médiéval. Il a parcouru tous les “caminos” à plusieurs reprises. C’est l’icone du chemin.

Burgos, dans la région de Castille-et-Léon

Les villes s’enchaînent comme les rencontres. Avant mon arrivée à Burgos, je passe à côté du barrage Arlanzón.

Je dors dans la paroisse Emaus (“donativo”) ou je suis accueilli par Marie-Noelle, la gérante d’origine Française. Marie-Louise, l’hospitalière d’origine canadienne, nous prépare le repas . Ce soir nous sommes en petit comité; trois italiens et moi. Marie-Louise, encore très loquace et dynamique, nous raconte ses expériences et anecdotes. Avant de se coucher, un moment de prière a lieu.

Cette ville est une étape remarquable citée dans le guide du pèlerin notamment pour sa fabuleuse cathédrale, Sainte-Marie de Burgos. La première pierre fut posée le 20 juillet 1221. La visite est indispensable pour toutes personnes curieuses.

San Antan, un lieu incontournable

Ce soir, je reste dormir dans un lieu mythique nommé “San Antan”, une auberge très rustique sans eau ni électricité. C’est une ancienne église qui fut détruite durant la guerre. Le cadre est somptueux. Des portes gotiques, des fenêtres ouvrant sur l’horizon, des murs renfermant des siècles d’histoires nous encerclent.

Les “hospitaleros” et pèlerins sont d’une gentillesse sans égale.  Autour de la table, nous représentons cinq nationalités différentes : Aurélia, une australienne qui a beaucoup voyagé, Véronica une italienne à vélo, Bob l’américain et deux espagnols, l’un de Barcelone et l’autre de Logrono.  Toute la magie du camino est réunie ! Il ne faut pas grand chose pour être heureux, s’entourer de personnes souriantes, un lieu extraordinaire et un délicieux repas typique de la région : “patates a la riojana”  (ragoût de patates et chorizo) accompagné de la traditionnelle “tortilla”. A la tombée de la nuit, nous nous réfugions à l’intérieur de l’auberge en buvant notre tisane, accompagné de la hierba , alcool du pays, facilitant notre digestion tout en nous réchauffant au coin du feu. Même en Espagne les nuits sont relativement  fraîches en cette saison.

Le lendemain, le lever du soleil éclaire petit à petit chaque versant des parois de l’ancienne église. Moment intense et puissant !

 

La Meseta,

Le moment fort de l’itinéraire est la traversée de la Meseta, grand plateau brûlant de soleil en été, redoutable sous les orages, et balayé par un vent glacial en hiver. Il s’étire entre Burgos et Léon sur 200 kilomètres. C’est un des moments les plus difficiles pour les pèlerins car il ne semble jamais finir. Il est courant de voir des champs d’éoliennes décorer le paysage dans cette région.

Léon, un patrimoine gastronomique varié

Léon possède non seulement des rues colorées et une cathédrale digne de ce nom mais regorge également d’un patrimoine gastronomique typique de l’Espagne. On y retrouve la “cecina” ( jambon de bœuf fumé, un des produits espagnols les plus appréciés), le “chorizo ahumado” (chorizo fumé), le saucisson, la morcilla (le boudin), le fromage de brebis, vin rouge et rosé.

Cette première partie à vélo se termine à Astorga où je décide de continuer la route à pied, laissant mon vélo en toute sécurité dans l’auberge municipale. Demain, le 27 septembre, je commencerai la marche, déterminé à atteindre Santiago comme un “vrai” pèlerin.